Deux matches, deux victoires, six points… et pourtant, tout n’est pas encore réglé

La Côte d’Ivoire a remporté ses deux premiers matches de l’ère Hervé Renard II. Après le Ghana, battu 2-0 à Bouaké, les Éléphants ont récidivé mardi soir face à la Somalie, sur le même score. Un départ comptablement parfait qui place les champions d’Afrique 2023 en tête de la Poule C avec six points, devant la Gambie, elle aussi à six unités mais avec une différence de buts inférieure.

Mais derrière les chiffres, le match contre la Somalie doit interpeller.

Parce que pendant longtemps, la Côte d’Ivoire a dominé sans parvenir à tuer le match. Parce qu’elle a parfois donné l’impression de jouer avec le frein à main. Et surtout parce que, face à un adversaire regroupé, discipliné et courageux, les Éléphants ont longtemps manqué de cette justesse qui permet aux grandes équipes de transformer leur domination en avantage concret.

Une Côte d’Ivoire trop sûre d’elle ?

Hervé Renard ne s’est pas caché derrière le résultat.

Après la rencontre, le sélectionneur ivoirien a lui-même évoqué la suffisance affichée en première période, la maladresse et un manque d’agressivité dans les duels et à la récupération.

C’est probablement l’un des premiers enseignements de cette nouvelle aventure.

La Côte d’Ivoire possède le talent, l’expérience et désormais une certaine maturité collective. Mais face à des équipes qui acceptent de subir et attendent la moindre erreur pour partir en transition, la possession ne suffit pas.

Il faut accélérer. Bouger davantage. Jouer plus juste. Mettre davantage de rythme dans les transmissions. Et surtout, avoir cette volonté permanente de faire mal à l’adversaire.

La Somalie avait choisi une stratégie assez lisible : défendre bas et chercher rapidement ses joueurs offensifs dans les transitions. Les Éléphants ont longtemps eu le ballon, mais sans suffisamment désorganiser le bloc adverse.

Et lorsqu’une équipe domine aussi largement sans marquer, le risque de se faire piéger demeure.

La Gambie venait d’ailleurs de le démontrer quelques heures plus tôt en renversant le Ghana à Accra, après avoir été menée 2-0, pour finalement s’imposer 4-2.

Le chantier offensif est réel

C’est probablement le principal dossier à ouvrir après ces deux premières sorties.

Contre le Ghana, la Côte d’Ivoire avait déjà dû attendre les éclairs de Malick Yalcouyé et Franck Kessié pour faire la différence.

Face à la Somalie, même scénario ou presque : beaucoup de possession, beaucoup de situations, mais une efficacité longtemps absente.

Hervé Renard reconnaît lui-même que son équipe doit progresser dans la finition, la sérénité et la précision du dernier geste. Le sélectionneur refuse toutefois de faire porter la responsabilité du manque de réalisme sur les seuls attaquants.

Et il a raison sur un point : un numéro 9 ne peut être jugé uniquement sur le nombre de buts lorsqu’il reçoit peu de ballons exploitables.

Mais le constat demeure : la Côte d’Ivoire doit devenir beaucoup plus dangereuse dans les derniers mètres.

Elye Wahi n’a pas encore trouvé le chemin des filets depuis le début de ce nouveau cycle. Ange-Yoan Bonny, lui aussi attendu, doit encore convaincre. Et derrière eux, la concurrence est désormais ouverte.

Renard l’a rappelé : la sélection reste ouverte et les performances en club compteront.

Le message est clair.

Et si la solution venait justement du banc ?

Yann Gboho (5) entré en jeu à la 83è mn à la place du capitaine Franck Késsié a trouvé le chemin des filets pour sa première avec les Eléphants.
Crédit: Aruna Winner

C’est peut-être l’autre grande leçon de cette soirée au stade Félix-Houphouët-Boigny.

Alors que les titulaires peinaient à faire sauter le verrou, les entrants ont changé le scénario.

À la 83e minute, Hervé Renard lance Yann Gboho à la place du capitaine Franck Kessié.

Cinq minutes plus tard, le nouveau venu surgit dans la surface et inscrit le premier but ivoirien.

1-0.

Premier match chez les A. Premier but. Timing parfait.

Quelques minutes auparavant, le sélectionneur avait également lancé Bazoumana Touré, à la place de Nicolas Pépé.

Et dans les dernières secondes, le jeune attaquant est là où il faut être.

Yan Diomandé, encore lui, provoque, élimine, frappe et trouve le poteau. Bazoumana Touré suit l’action et conclut du pied gauche.

2-0.

La Côte d’Ivoire respire.

Et Hervé Renard peut aussi se satisfaire d’avoir effectué des changements qui ont directement pesé sur le résultat.

La jeunesse répond présente

Malick Yalcouyé en passe de devenir le métronome des Eléphants.
Crédit: Sportzone

Il y a quelques jours, contre le Ghana, Malick Yalcouyé avait été l’unique jeune nouveau venu titularisé et s’était immédiatement illustré en ouvrant le score.

Face à la Somalie, ce sont Yann Gboho et Bazoumana Touré qui ont signé les deux buts.

Et il faut également ajouter Yan Diomandé, dont l’action précède le deuxième but.

Ce n’est évidemment pas encore une révolution générationnelle.

Mais le signal est intéressant.

Hervé Renard avait annoncé le début d’un nouveau cycle avec huit nouveaux joueurs dans son groupe. La CAF avait d’ailleurs présenté cette sélection comme le lancement d’un renouvellement important de l’effectif ivoirien.

Deux matches plus tard, plusieurs de ces jeunes commencent déjà à montrer qu’ils peuvent apporter quelque chose.

À eux désormais de confirmer.

Renard II : un bilan comptable parfait, un contenu à améliorer

En dépit des deux résultats positifs en autant de sorties, Hervé Reanard reconnaît qu’il y’a encore du boulot à faire…
Crédit: Sportzone

Deux matches.

Deux victoires.

Deux buts contre le Ghana.

Deux buts contre la Somalie.

Quatre buts marqués, aucun encaissé, six points et la première place du groupe C.

Difficile de demander davantage sur le plan strictement comptable.

Mais le football ne se résume pas au classement.

Cette première fenêtre internationale de l’ère Renard II montre déjà deux visages de cette Côte d’Ivoire.

Contre le Ghana, elle a fait preuve de maîtrise et d’efficacité.

Contre la Somalie, elle a longtemps ronronné avant de trouver la lumière dans les dernières minutes.

Le potentiel est là. Le chantier aussi.

La priorité sera désormais de réduire ces moments de suffisance, d’augmenter l’intensité dans les duels, d’améliorer la coordination dans les trente derniers mètres et surtout de transformer plus rapidement la domination en occasions franches et en buts.

Car dans les matches à enjeu, une équipe peut parfois ne pas avoir le droit d’attendre la 88e minute pour se sauver.

Cameroun : dernier test avant de refermer la fenêtre internationale

Et justement, Hervé Renard n’aura pas longtemps pour tirer les conclusions de cette première séquence.

Les Éléphants vont terminer cette longue trêve internationale par un match amical contre le Cameroun, samedi 3 octobre à 19h au stade Alassane Ouattara d’Ébimpé. Cette rencontre figurait dès l’annonce de la première liste de Renard dans le programme de ce nouveau cycle.

Ce rendez-vous aura donc une valeur particulière.

Pas de points à prendre. Pas de qualification à aller chercher.

Mais une occasion supplémentaire pour le sélectionneur de tester ses hommes, d’intégrer davantage les nouveaux, de travailler les automatismes et surtout de commencer à répondre aux interrogations apparues lors de ces deux premières journées.

Renard II a commencé par deux victoires.

La prochaine étape sera de voir si cette Côte d’Ivoire peut désormais apprendre à gagner avec davantage de maîtrise, de rythme et de sérénité.

Parce que pour l’instant, les Éléphants ont les résultats.

Il leur reste à construire pleinement le jeu qui va avec.

BENSON ISRAEL

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